Femme de feu / Actes Sud – L'Ouest, le Vrai

Lundi, 20 Novembre, 2017 - 11:58

Avec ce western publié en 1943, Luke Short maîtrise une extraordinaire tension dramatique

1870, une petite ville de l'Utah. Dave Nash travaille pour Walt Shipley, un petit éleveur en conflit avec les puissants Ben Dickinson et Franck Ivey qui refusent de partager leur pâturages. Walt, humilié, ne résiste pas à la menace, et part lâchement, abandonnant ses terres à celle qui l'aime : Connie, la fille unique de Ben Dickinson. C'est elle qui va rebattre les cartes. S'opposant à son père qui voudrait qu'elle épouse son allié Frank Ivey, elle prend son indépendance, quitte le ranch familial et embauche Dave Nash comme contremaître. Libre à lui de constituer son équipe. Dès lors, les événements vont s'enchaîner dans un thème canon du western : la guerre de territoire. Mais avec « Femme de feu », publié sous le titre « Ramrod », en 1943, Luke Short (1908-1975) exploite aussi la tradition du roman noir, et surtout, accorde le rôle principal à une femme, parmi des personnages masculins très forts. Connie a un mental d'acier, manipulatrice et confiante en sa volonté, elle ne va en fait rien dominer du tout. Au contraire, elle sera la cause d'une tragédie à tiroirs. Dans ce roman, une autre femme a une place importante, elle s'appelle Rose. Elle est l'exact contraire de Connie. On retrouve avec plaisir l'écriture âpre et dépouillée et la complexité du récit appréciés dans Ciel rouge (Actes Sud 2016. article www.blog-des-arts.com/livres/ciel-rouge-actes-sud). Les dialogues elliptiques, truffés de non-dits, ont un point commun avec ceux d'un autre grand auteur de western, William Riley Burnett (1899-1982). Trois de ses romans parus dans la collection l'Ouest, le vrai : Terreur apache, Saint Johnson et Mi amigo, sont recensés dans blog des arts. Dans sa posface, toujours passionnante et très renseignée, Bertrand Tavernier développe particulièrement la comparaison entre le roman de Luke Short et le film d'André de Toth, fidèle au livre. Il avait choisi sa femme, Veronica Lake, à contre-emploi, pour le rôle de Connie. L'étude ciselée sur les plans du film, le jeu des acteurs, et les manières cinématographiques pour traduire le ton et la complexité des actions, de l'émotion et de la complexité psychologique des personnages est remarquable. Bertrand Tavernier conclut : « C'est ainsi qu'est né un grand film, magnifique adaptation d'un grand roman. » Collection L'Ouest, le Vrai dirigée par Bertrand Tavernier. Traduit de l'anglais (Etats-Unis). Broché. Format : 14,5 x 24 cm. 272 p. 22,50€. P.M.