C'était Marguerite Duras / Le Livre de Poche

Jeudi, 13 Mars, 2014 - 14:02

Marguerite Duras, comme, une sorte d'Edith Piaf de la littérature française...

1914-1916. Edition mise à jour, avec une préface inédite. Sur la couverture, dans sa petite jupe noire, sous son pull obscur, on s'attend à l'entendre chanter « la goualante du pauvre Jean » ou bien « Allez, venez Milord ». Une petite chose, presque rien. Comme son œuvre, faites parfois, exprimée, surtout au cinéma avec le moins possible... Yann Andréa, son dernier compagnon, apparaît alors, comme une sorte de Théo Sarapo des lettres. Jean Vallier, ami de Marguerite Duras, depuis leur première rencontre, en 1969, fit une carrière aux Etats-Unis, dans le monde de la Culture. L'auteur, nous dit que Marguerite Duras avouait avoir traversé l'Occupation, dans une période de demi-somnolence. Elle avait vingt-cinq ans à la déclaration de la guerre, à cet âge d'autres s'enrôlèrent pour mourir, dans les rangs de la Résistance. Il fallait manquer de beaucoup de lucidité, pour tisser des liens avec François Mitterrand, alors porteur de l'infâme francisque. Notons que le premier mari de Marguerite Duras, Robert Antelme, devint le secrétaire particulier d'un ministre du gouvernement de l'amiral Darland, Pierre Pucheu, condamné à mort, puis exécuté en Algérie, en 1944. Certains furent fusillés pour moins que cela, Robert Anthelme, lui, tenta pendant et après la Libération de se blanchir, et sa complice Marguerite, avec lui. Combien de pétainistes tentèrent de s'inscrire au Parti Communiste Français, pour se laver de tous soupçons. Marguerite Duras-Anthelme et son mari entreprirent la démarche. Ils furent rejetés par le PCF. Quand on pense, à la terrible donneuse de leçons de morale « humanistes » que devint par la suite, Marguerite Duras, il est permis de rigoler. Jean Vallier, en biographe honnête, s'interroge, à la page 538 : « De quoi parlaient Robert et Marguerite Anthelme au dessert, après les longues journées au ministère devant une machine à écrire ? De littérature et d'art, ou des otages que les Allemands fusillaient au fond du parc de Chateaubriand, devant un arbre de la Vallée-aux-loups transformé en poteau d'exécution, ou encore, des prisonniers communistes de Chateaubriand en Bretagne que faisait fusiller le ministre de l'Intérieur sous la pression sans cesse accrue de l'occupant ? » Jean Vallier confie, encore : « Ce n'est pas un secret que l'auteur d'Un Barrage dans le Pacifique et de L'Amant a, comme beaucoup de grands écrivains avant elle (pourquoi vouloir toujours se dédouaner en impliquant L'Autre ? ) pris avec la réalité une assez grande liberté. » Marguerite Duras ne châtiait pas ses propos, parfois colorés de racisme, ainsi, à propos de son petit ami Léo : « il était nettement plus laid que l'annamite moyen...) Jean Vallier a réalisé un exemplaire travail de recherche, mais surtout, il a trouvé les mots pour décrire le parcours d'un être profondément complexé par les conditions sociales de sa naissance, en Orient (arrivée en France, elle sera communiste, mais nous avons vu que le PCF l'exclua) auquel l'écriture apportera, relativement tardivement, la consécration du Prix Goncourt. Le passé de Marguerite Duras est trouble, surtout pendant la Seconde Guerre Mondiale. Il méritait d'être éclairé et révélé au grand public. Jean Vallier nous apprend que Marguerite Anthelme-Duras fut, sous la botte allemande, employée par le régime de Vichy, membre salarié de la Commission de contrôle du papier d'édition. Elle en fut même, la secrétaire en titre, jusqu'à son départ en janvier 1944. Elle décidait pour l'occupant allemand, appliquant sa politique, des attributions de papier aux éditeurs. Naturellement, à la fin de la guerre, Marguerite Anthelme-Duras chercha à faire oublier cet épisode scandaleux de sa vie parisienne. Son premier roman qui se nommera « les Impudents » fut refusé par Gallimard, et publié par Plon. Pourquoi, Marguerite Duras se sentit-elle obligée d'en envoyer un exemplaire à Karl Epping, un des représentants les plus influents de la culture allemande, et le fidèle collaborateur de l'ambassadeur d'Allemagne, à Paris, Otto Abetz, qui la remercia par un courrier du 6 mai 1943 ? Encore une fois, nous félicitons Jean Vallier pour son témoignage qui ouvrira les yeux à de nombreux lecteurs de Marguerite Duras, trop longtemps trompé sur son passé, clairement collaborationniste. Quant à son compagnonnage avec François Mitterrand, lui-même, inaltérable ami du lâche « collabo » René Bousquet, elle tient de l'amphigourie. En deux parties. Très pratique, chaque chapitre est suivi de ses notes. Contient un petit cahier de photographies intimes. Un achat très vivement recommandé. Avec un index. Broché, imprimé sur papier bible, présenté dans un coffret. 1553 p. Format : 19 x 12,5 cm. 28€. www.lelivredepoche.com