90e anniversaire de la Société des Aquarellistes lyonnais

La Société des Aquarellistes Lyonnais fondée par le peintre Eugène Villon en 1965, fut présidée pendant de nombreuses années par sa petite-fille Janine Gay, également fille de la magnifique aquarelliste Marthe Chambard-Villon. Janine Gay, dont l’œil critique était infaillible, visitait tous « ses » aquarellistes dans leurs ateliers pour choisir les œuvres qui seraient présentées au salon.
Le président Patrick Galante a souhaité cette année marquer cet anniversaire avec l’édition d’un beau livret regroupant les douze exposants de cette 90e édition. Chacun bénéficie de six pages royalement illustrées et composées dans une séduisante variété. De la couleur, de la joie, est ce qui se dégage au premier regard alors qu’on pénètre dans la salle. En ce jour de vernissage où la chaleur humaine prédomine, on est frappé par l’humilité des artistes. C’est réconfortant dans un monde où la plupart des êtres humains sont trop souvent si décevants.
Les aquarelles de Patrick Galante sont des relais du monde qu’il parcourt, des Calanques aux Caraïbes. Ses ponctuations de blancs en réserve, sa marque de fabrique, apportent une vitalité unique à ses compositions. Patrick Galante est un artiste voyageur carnettiste passionné, tout comme l’invité, le vénitien Barnaba Salvator. Je comprends ses réticences à peindre la Sérénissime tellement représentée. Il livre néanmoins avec grâce son attachement à sa ville natale, ainsi que sa perception de Florence, Rome, ou d’autres endroits du monde. Je lui ai confié y trouver la minutie et l’élégance d’un Canaletto. Courrez vérifier sur place.
Philippe Allain peint l’essentiel. Il sélectionne ce qu’il voit, pour ne conserver que le cœur du sujet. Son style est marqué par la simplification des lignes, une palette réduite mais lumineuse, et des aplats dans l’esprit nabi. J’ai remarqué trois nature-mortes de petit format et un arbre en hiver, significatifs de son talent.
Christiane Bonicel dont les sujets sont principalement des fleurs frémissantes ou des paysages imaginaires s’aventure au fil de son pinceau. Chaque année elle étonne, car elle progresse sans cesse dans l’expression de son art. Elle confie ces mots formidables : « Il peut neiger en plein mois de juillet, si je le veux sur ma feuille. »
Georges Boulé traduit l’eau miroir du ciel, une lumière blanche, portée à son intensité en contraste avec le paysage. Depuis son enfance, il apprécie ce medium qu’est l’aquarelle, l’eau force l’imprévisible avec ses aléas qui guident le pinceau.
Marius Cousin est inspiré par les rues et les quais de Lyon. Des axes si particuliers. Deux fleuves, quelle chance ! Sensible aux atmosphères et aux architectures, c’est l’âme de la ville qui l’intéresse, que ce soit à Saint-Jean ou à l’Ile Barbe. Ses petits formats sont un puissant concentré de sa manière.
L’aquarelle et le dessin occupent une place centrale dans la pratique picturale de Gilles Durand. Au cœur de ses sujets il n’hésite pas à porter la couleur à son intensité, jusqu’à combiner dans certains paysages printaniers, l’audace du jaune à l’euphorie du vert de la jeune pousse.
Didier Georges dans sa recherche de contraste, choisit une palette restreinte, voire monochrome. Parfois, le blanc et le noir, intense ou décliné suffisent à exprimer portraits, scènes de vie ou paysages. Sa tendresse et sa passion de peindre le portent même à des audaces.
Emmanuelle Germaneau avait retenu notre intérêt lorsqu’elle avait été invitée en 2023. Jouant des imprévus de ce médium, elle poursuit son expression libre. Entre quotidien et souvenirs elle combine ses assemblages. Deux splendides intérieurs n'ont pas échappé à l'attention des visiteurs. Elle témoigne : « C’est avec simplicité et motivation que je m’inscris, un peu, dans le fil de cette histoire collective »
Thierry Grosfilley peint sur le motif. Immergé dans la nature sa vitalité irradie son sujet. La lumière de l’aquarelle « cette lumière qui ne m’appartient pas, c’est elle qui nourrit mon âme dans l’amour de celui qui donne tout. » écrit-il. Il n’hésite pas, comme l’écrivait Alain Vollerin : « à lâcher ses compositions vigoureuses dans de grands formats », pour notre plus grand bonheur.
Franck Hérété, peintre officiel de l’Air et de l’Espace, diversifie de plus en plus ses sujets. Avec une grande maîtrise de la lumière et une extrême précision dans le trait, il peint berges et sous-bois. Formé à l’illustration à l’école Emile Cohl, l’étude documentaire occupe une large part de son travail. Ses planches d’oiseaux et de papillons sont signifiantes d’une œuvre de peintre naturaliste de haut niveau.
André Lebreux qui a réalisé sa première aquarelle en 1957 est le « preux » doyen de la Société des Aquarellistes Lyonnais. Preux, oui, car sa vitalité est intacte. Malgré 7000 œuvres au compteur c’est toujours avec le même appétit et la même délicatesse qu’il travaille les brumes et vapeurs sur la Dombes, la franche lumière d’été en montagne, ou les effets atmosphériques des bords de mer.
Lessia Scafi est née en Ukraine, diplômée des beaux-arts de Kiev elle s’est tournée vers la technique de l’aquarelle du « mouillé sur mouillé ». Son travail progressif et irrationnel favorise des surprises néanmoins maîtrisées jusqu’à l’obtention de clairs-obscurs ou d’explosions de lumière. Ses touches vaporeuses d’une grande douceur rendent un hommage émouvant aux Ukrainiennes de son pays natal.
Visitez sans tarder cette exposition qui vous apportera le plaisir de la découverte, du réconfort, et peut-être des idées de cadeaux personnalisés, à vous-mêmes ou à vos proches.
90e Salon des Aquarellistes lyonnais. www.societe-des-aquarellistes-lyonnais.com. Espace Berthelot. 14 avenue Berthelot. Lyon 7e. Tram 1. Bus 32 et 96. Ouvert tous les jours 13h30-18h30 et le week-end 10h-18h30. Jusqu’au 15 décembre 2025.
Paule Martigny / Mémoire des Arts – blog-des-arts.com


