Bernard Buffet / Musée Yves Brayer

Samedi, 5 Septembre, 2026 - 08:05

Une amitié d’artistes

Olivier Brayer écrit dans le catalogue : « L’exposition Une Amitié d’artistes rend hommage à cette relation rare, faite d’amitié profonde et d’admiration mutuelle. »

Quand on regarde les photographies qui unissent Bernard Buffet et Yves Brayer, soit autour d’un verre ou dans l’atelier, on comprend la nature de leur amitié. Yves Brayer (1907-1990) est l’aîné. En 1947, lors du jury de l’École des beaux-arts, c’est la première fois qu’il croise Bernard Buffet (1928-1999) dont il remarque le travail. Les débuts de Bernard Buffet à l’âge de 19 ans secouent le landernau. Il s’illustre dans une manière si personnelle. Mais, ce n’est que plus tard, en 1974, que naît leur amitié, lorsque Yves Brayer s’engage à le faire élire à l’Académie des beaux-arts. Il composa son discours de réception, en 1975. Le récipiendaire Bernard Buffet avait alors 46 ans.

Bernard Buffet exposa très tôt aux Moins de trente ans, en 1946. Une peinture ascétique, une manière surprenante plutôt grave, dénuée de tout artifice. Le jeune Buffet exprime un univers douloureux en noir et gris, sur de grandes toiles roulées qui peuvent atteindre 5 mètres de long. C’est l’art d’un désespéré. Dans un style hiératique, les sujets et les personnages sont cernés de noir dans un graphisme soutenu et acéré.  Cet artiste prouve que la figuration n’est pas morte, qu’elle peut se renouveler. Il est le visionnaire du désarroi d’un monde.

Ce qui les rapproche. Ce sont deux penseurs de la figuration à une époque où l’art abstrait affichait sa prééminence. Peindre figuratif était prohibé. La liberté est plus forte que tout. Yves Brayer et Bernard Buffet continuèrent dans leur manière, admirablement secondés par leurs épouses, une autre ressemblance. En effet, chacune mit une parenthèse à sa carrière pour soutenir celle de son époux. Un exemple de couples fusionnels. Les épouses veillent à leur tranquillité. Une bénédiction pour des artistes dévorés par le doute.

Cet accrochage établit un dialogue entre les deux œuvres, ce qui est une occasion de revisiter les collections permanentes du musée Yves Brayer. Les femmes toreros d’Yves Brayer, le Val d’enfer aux Baux de Bernard Buffet. Un palais de Saint-Pétersbourg de Brayer en correspondance avec la basilique Basile-le-Bienheureux de Buffet. Leurs bouquets, leurs portraits, leurs paysages respectifs, leurs Don Quichotte, etc. La générosité de la pâte et la souplesse des formes pour l’un et la matière maigre et le trait nerveux pour l’autre.

Une exposition à ne pas manquer en ces magnifiques terres provençales.

Musée Yves Brayer. Les Baux de Provence. Jusqu’au 9 novembre 2026. www.yvesbrayer.com

Paule Martigny / Mémoire des Arts – blog-des-arts.com