Gilles Meunier - Peintures, monotypes, aquarelles

Cet esprit libre, dans certains cas, pour ne pas dire souvent, s’exprime en facéties dignes d’un enfant qui s’amuse. Ne serait-ce que les titres : 21 couchers de soleil ou Hallucination collective de 27 monstres et un nounours. La grande toile nommée Palette vivante est un monochrome subtil de glacis superposés qu’on croirait faits à la cire. Des prédelles, manière ancestrale pour raconter une histoire, entourent la composition centrale. L’harmonie entre dessin et peinture est délicate. La beauté plastique ouvre la porte de l’imaginaire.
En ce qui concerne la série Essayage de chapeau, cet élément vestimentaire l’a intéressé en tant que fait plastique, avec la variété qu’il propose. Mais c’est surtout de sa taille qu’il joue. Gilles Meunier a observé que certains chapeaux étaient trop grands pour la tête, ce qui lui a inspiré des opportunités de compositions en exagérant cette caractéristique. Dans le cas de La femme invisible, c’est un chapeau sans tête.
Quant à l’utilisation du bois de cagette, découpé ou cassé, et peint pour être ensuite collé sur le support, ces débris inspirent Gilles Meunier par leur caractère dynamique. Leur graphisme naturel s’impose. Et le peintre en use comme d’une touche impressionniste. Son travail sur plaque d’ardoise est lui aussi, tout à fait singulier. Il rassemble bien ses préoccupations plastiques.
Le monde de la mer est un thème récurrent dans son œuvre lié à son passé de marin. Il apparaît dans toutes les séries. On remarque également son attraction pour les civilisations anciennes avec son étonnante amphore en carton peint. Elle est assortie de la peinture, Amphore fleurie.
Gilles Meunier peint des aquarelles surtout hors atelier, lors de moments de détente en vacances. Elles n’ont rien à voir avec des paysages saisis le vif. Le réel est support à des divagations graphiques et picturales. Le motif s’imprime dans la tête de l’artiste pour en ressortir transformé.
Comprendre et aimer la peinture de Gilles Meunier, c’est entrer dans un monde poétique. Blaise Cendrars, dans La prose du Transsibérien écrivait : “Toute vie n’est qu’un poème, un mouvement.” L’auteur de Bourlinguer, tel un vieux gosse lucide, s’émerveillait sans cesse devant la découverte du monde. C’est de cette façon que Gilles Meunier l’englobe dans un espace poétique.
L’origine de la série exotique est un voyage. Les compositions partent d’éléments réels, le reste est inventé en impression sur des moments particuliers. Ce voyage dans la tête, c’est une évasion. Les bleus et les verts sont fidèles à sa palette habituelle, restreinte à une dizaine de couleurs. Elles témoignent de son identité de peintre. La fresque compte beaucoup dans son centre d’intérêt originel.
Gilles Meunier, après une année aux Beaux-Arts de Lyon, a poursuivi son parcours aux Beaux-Arts de Paris qui lui offraient un accès à des disciplines qui le passionnaient : l’al fresco, la mosaïque, l’histoire de l’art et des civilisations. De retour à Lyon, diplômé des Beaux-Arts en 1975, il partagea des ateliers à la Croix-Rousse avant de s’installer, il y a une vingtaine d’années, dans un lieu indépendant, vaste et lumineux, rue d’Austerlitz. Il travaille chaque jour, immergé dans son paysage intérieur ponctué de rêves. Solitaire, discret et modeste, ce qui est loin d’être la qualité de nombre d’artistes, il produit des estampes de tous types, des séries, ainsi que de grandes toiles. C’est un plaisir de visiter cette exposition : peintures, séries de monotypes, aquarelles, œuvres sur ardoise…
Exposition 2-22 septembre 2026 - Galerie Paule Martigny -124 rue de Sèze Lyon 6e – mercredi – vendredi 15h-19h / samedi 10h-12h – 15h-19h. 06 32 62 93 21


