Hélène Lagnieu – Le murmure des grands sages. Galerie Dettinger

Dimanche, 13 Septembre, 2026 - 13:02

Un univers singulier. La magie de l’art enchante le monde

 

Les supports des œuvres d’Hélène Lagnieu présentent une originalité, certes, bien que l’idée ne soit pas nouvelle. Il n’y a pas d’honneur à être dupe. Ces supports ne sont pas une découverte. Peindre et graver sur des crânes d’animaux et les customiser. C’est une pratique habituelle aux Etats-Unis, un art de cow-boy pour des décors muraux de ranchs, hérité de l'art des Amérindiens, lui, chargé de sens. En ce qui concerne le dessin et la peinture sur des sachets de thé usagés, cette pratique a été inventée par l’artiste philippine Ruby Silvious en 2015.

Mais, peu importe le support. Que ce soit sur n’importe quel matériau : papier, toile, bois, carton, végétal, os, etc. C’est ce que fait l’artiste qui compte. En l’occurrence, l’exposition d’Hélène Lagnieu mérite une attention particulière. Alain Dettinger, avec son œil avisé sur l’art singulier, la défend à Lyon. Cette artiste possède un joli parcours, et un suivi attentif d’amateurs, tant à Paris qu’en Belgique.

La singularité d'Hélène Lagnieu, c’est la finesse esthétique, l’élégance, l’intense sensibilité, et un univers séraphique. Ses crânes d'animaux sont traités avec une sophistication qui lui appartient. C’est un travail unique pour chacun d’eux, du plus petit au plus grand ; un crâne de cheval trône au centre de la première salle. Tous les éléments rajoutés sont choisis avec soin : passementeries, perles, mousses, etc, en harmonie avec ses graphismes sur les os, en gravure ou en peinture. La singularité de son dessin aérien au crayon de couleur, à l’encre de Chine, appuyé ou estompé révèle un monde intérieur à la fois fragile et intense. Des magnifiques grands formats aux minimalistes sachets de thé, on apprécie son aisance à traduire son sentiment.

Quant à la présentation de cet ensemble dense dans l’espace de la galerie relativement réduit, il est édifiant. Chaque œuvre trouve sa place juste. Lorsque qu’on entre, l’effet de surprise et de séduction est immédiat. Dans son œuvre sur papier, la nature, rémanente dans son travail, croise son maginaire fantastique. Des éléments anatomiques apportent un rose qui lui est propre, à des êtres hybrides aux tons raffinés. Dans un romantisme teinté de spirituel, la femme est représentée telle une fée ou une déesse. Leurs pouvoirs donnent du courage aux fragiles humaines. Elles demeurent des petites filles qui rêvent à la lecture des contes, pour vaincre leurs peurs nocturnes, la tête cachée sous l’oreiller.

L’art outsider est devenu plus qu’une niche. Ce terme qui correspond à une forme d’art hors les normes est une invention américaine. Il est prisé pour son originalité parfois déroutante et ses valeurs écologiques, souvent fait de bois flottés, d’éléments végétaux, d’objets de récupération. A l’origine, l’art singulier, extension de l’art brut, pratiqué par des personnes solitaires autodidactes, souffrant souvent de problèmes psychiques, ne cherchait pas de reconnaissance commerciale. C’est depuis quelques décennies une manne. Le confidentiel qui intéressait les collectionneurs passionnés pour leurs cabinets de curiosité, s’est transformé en marchandise rentable, trop souvent pour une valeur décorative. Comme dans n’importe quel secteur, dès que la rentabilité financière intervient, il y a déviance. Une différence est à établir entre les sincères et les fabricants. Les puristes ne s’y trompent pas. C’est la raison pour laquelle les mordus de cette forme artistique ne doivent pas rater la visite de cette exposition.

Galerie Alain Dettinger. Jusqu’au 3 octobre 2026. 4 place Gailleton Lyon 2e. Mardi-Samedi 15h-19h30

Paule Martigny / Mémoire des Arts – blog-des-arts.com