Le groupe des douze – Peinture, sculpture et photographie

Qui ne ronronne pas, en effet, car ces artistes s'affirment dans leur diversité. L'ennui ne naquit-il pas de l'uniformité? Le nombre est toujours douze, même si d’une année sur l’autre, il y a de petites variations des participants. Tout dépend de la disponibilité de chacun et chacune. Un noyau dur en reste le pivot.
Maryvonne Marguerin a décidé d’une suite cohérente, un ensemble d’académies, des nus féminins au fusain, crayon, sanguine, lavis. Un trait assuré et vigoureux dans une veine expressionniste prouve sa dextérité. L’accrochage de Geneviève Cornu étonne ceux qui connaissent son style. Elle est dans un entre-deux, un état de recherche. Pas étonnant, des perturbations dans sa vie l’ont déstabilisée. De son état de doute, nécessaire à la création va naître une résilience avec de nouvelles options que l’on voit poindre. Les cyanotypes de Claire Durieux évoluent, ici encore, pas de ronron, la recherche oscille dans une variété de couleurs qui métamorphose le processus. La série de photographies en noir et blanc de Michel Cardot retient notre attention. Il s’inscrit dans une manière contemporaine poétique. Presque des abstractions avec des plans recomposés, des essuyages, des traces graphiques, un travail sur le grain.
Evelyne Bouhey a un monde bien à elle avec une technique qu’elle a mise au point il y a plus de trente ans. Elle aussi développe une conversion. La même source, mais une gamme colorée où les terres d’ocre et de rouille de nos ancêtres des cavernes s’accordent avec ses bleus. Jean-Claude Dutouya persiste avec aisance dans la sculpture animalière, mais pas que. On est étonné par l’alliance entre force et fragilité. Inspirés d’origamis d’animaux, ses modelages aboutissent à de remarquables bronzes. Il domine avec une appétence égale, la terre et la ferraille. Chantal Hayette approfondit sa démarche abstraite lyrique. Un astre orange affirme sa présence. Est-ce le témoignage du réchauffement climatique ? Des coups de pinceaux comme des ruines noires en sont-ils le résultat ? Les artistes expriment leur univers intérieur mais sont aussi les témoins de leur temps. Les peintures au couteau de Jean-Paul Schmitt son révélatrices de sa fine dextérité dans cette technique. Les paysages de l’environnement de sa maison à Saint-Martin-en-Haut sont significatifs. Attardez votre regard sur les vues de nuit. Elles sont pénétrantes.
Annie Lancement, déterminée dans un travail d’ethnologue, continue sa série de portraits de tous types de race et de culture. Sa manière en noir et blanc se pare de couleurs chaudes. Les visages nous interpellent comme ceux du Fayoum, une remarque que je réaffirme. L’univers poétique et fantasque de Gilbert Duchesne nous ravit à chaque exposition. Il a installé une peinture très ancienne en amitié avec une des dernières, pour renouer brièvement dans une manière délicate de conte de fée. De son imaginaire naissent des cueilleurs de muguet qui reviennent avec des fleurs des prés, un portrait sur un fond de nuit étoilée ou une truculente rave party. La délicatesse de Janie Petit est un régal. Dans quelque thème que ce soit, on note son assiduité dans le style naturel de ses interprétations. Avec ses vues de Lyon et de ses alentours et la présence de l’eau, on sent presque le souffle de l’air. Jean-Michel Reviran fluctue dans sa façon vibrionnante. La touche se fait plus diluée en des fondus délicats. L’harmonie des couleurs est d’une sensualité douce, à commencer par un rose, so romantic. A suivre avec intérêt.
Les remises en question sont le fer-de-lance de la création. Dans un langage philosophique, on peut définir cette attitude en - penser contre soi-même. Ici, les artistes travaillent l’expression de leur art, tout en suivant leur cheminement personnel. Faites le déplacement pour découvrir ces douze entités unies par l’amitié et la passion de l’art.
Le groupe des douze. Espace Berthelot. 14 avenue Berthelot- Lyon 7e. Jusqu’au 14 juin 2026. Entrée libre. Tous les jours 14h-18h.
Paule Martigny / Mémoire des Arts – blog-des-arts.com


