Les enfants Stramer / Les éditions Noir sur Blanc

Un roman significatif de la vitalité de la littérature polonaise, de Mikolaj Loziński, né à Varsovie en 1980. Fils du réalisateur Marcel Loziński, il compte parmi les auteurs polonais les plus importants de sa génération. Après avoir étudié la sociologie à la Sorbonne, il a travaillé à Paris comme peintre en bâtiment, traducteur pour Arte, photographe et assistant d’une psychothérapeute aveugle, ancienne élève de Jacques Lacan. Il a fait ses débuts en littérature en 2006 avec Reisefieber, qui lui a valu une renommée internationale, le prestigieux prix Kościelski et une nomination au prix Niké.
Comment survivre dans le contexte de la Seconde guerre mondiale quand on est juif ? C’est l’histoire dans cet espace-temps, des quatre frères et des deux sœurs Stramer à Varsovie, en Sibérie, en Europe… Les six enfants de Nathan et Rywka Stramer devenus adultes, vont être séparés par la guerre, au moment où leur univers familier se change en un piège infernal. Souvenons-nous que par le passé la Pologne était partagée entre la Russie, la Prusse et l’Autriche.
Avec virtuosité Mikolaj Loziński raconte six manières d’échapper à l’antisémitisme féroce des Allemands et des Polonais. Chacun suit son chemin. Hesio et Salek, qui ont succombé à leur fascination pour le communisme, sont partis. Hesio, devient officier dans l’armée de Berling (unité militaire des forces armées polonaises de l'Est), tandis que Salek, après avoir combattu en Espagne entre dans la Résistance française. Rudek et Rena, demeurés à Lviv, sont déportés à Stalinsk, en Sibérie. Quant aux plus jeunes, Wela tente de survivre en travaillant sous une fausse identité, dans une usine à Varsovie. Nusek, le benjamin, est pris dans une rafle, s’évade d’un camp, trouve de l’embauche comme électricien, et fabrique de la gnole avec les partisans. Ils vont fuir à Cracovie pour échapper à l’insurrection de Varsovie en 1944.
Nous sommes arrivés au temps où les circonstances rebattent les cartes. Mikolaj Loziński parvient à effacer la noirceur des événements et le fait qu’aucun ne sait ce qui l’attend, avec un humour salvateur pour évoquer des événements cruels. Il s’agit jour après jour, de survivre.
L’humour, parlons-en. On apprend que les soldats de la Wehrmacht capturent les poux pour échapper au Front de l’Est. On lit les paroles prophétiques de Staline que "l’Union soviétique serait la tombe du fascisme", évoquant l’affiche sur laquelle le squelette de Napoléon s’adresse à Hitler devant le drapeau de l’URSS par ces mots : "C’est là que je me suis cassé la gueule."
Rappel aussi d’un temps où on opérait à l’hôpital sans électricité grâce à un volontaire qui pédalait sur un vélo pour alimenter une dynamo branchée à des ampoules.vOu encore la fabrication élémentaire d’un faux prépuce. Trop drôle. Et, le temps de l’Occupation, propice au marché noir. Période où la personnalité de certains s’épanouit, comme la révélation d’une vocation.
L’histoire de chacun se déroule jusqu’à ce que les six ayant échappé à l'extermination, se retrouvent après quatre années de la marche sanglante de l'histoire. On constate alors que la guerre a bouleversé la hiérarchie familiale et qu’Ils portent tous un autre nom que Stramer, grâce entre autres, à de fausses cartes d’identité aryennes.
Une lecture surprenante et intense. Traduit du polonais par Laurence Dyèvre. Broché. Format : 15 x 23 cm. 300 p. 24€.
Paule Martigny / Mémoire des Arts – blog-des-arts.com


