On s’en est pas trop mal sorti, petit (We Did OK, Kid) / Flammarion

Mardi, 3 Mars, 2026 - 10:04

Mémoires d’Anthony Hopkins. Un livre empli de grâce.

Autobiographie de Anthony Hopkins, aujourd’hui âgé de 88 ans. Son titre est issu de son observation d’une photographie de lui enfant. Il avait cinq ans et venait de faire une bêtise, il avait laissé tomber un bonbon dans le sable. Son père est accroupi près de lui. C’était la guerre avec le rationnement.

Hopkins regarde cette photo et repense à sa jeunesse. Fils unique de parents pauvres. Cancre par désintérêt des matières enseignées, solitaire et rêveur, il fait le désespoir de ses parents qui se saignent pour qu’il poursuive ses études. Adolescent bagarreur, il commence à boire des pintes au pub, ce qui lui apporte du réconfort et la confiance en lui. Il résiste à toutes les remontrances et les punitions par ce qu’il appelle "sa muette insolence". Elle sera longtemps sa principale alliée. Anthony Hopkins sent qu’il est différent. Il garde ses distances avec les autres, suivant le conseil de son grand-père : "Ferme ton clapet". Il n’arrive pas à trouver sa place, mais il est tenace : "Tu vas t’en sortir", ne cesse-t-il de se répéter. Il a dix-sept ans.

Puis son destin prend un tour inattendu. Devenu acteur par hasard, la boisson lui apporte le soutien nécessaire à ses prestations. Né au pays de Galles où la boisson est un sport national, il s’y adonne avec excès et devient alcoolique. Toujours solitaire, le pub est son lieu de vie favori. Mais ce cancre surdoué a une aptitude prodigieuse à retenir les détails et à mémoriser les textes. Un outil béni, un talent divin pour le futur grand acteur. Son livre, d’un intérêt formidable sur sa carrière, est aussi un exercice d’introspection sans concession, de sa force et de ses failles.

Qui aurait cru qu’Anthony Hopkins aurait une telle carrière ? Celui à qui on avait prédit qu’il n’arriverait à rien dans la vie. Ce génial et immense acteur parle à merveille de son métier et de la manière qu’il a de rentrer en possession de ses rôles. Une méthode personnelle qu’il a forgé seul. Sa marque. Il nourrira ainsi tous ses grands rôles au théâtre en Grande-Bretagne, sur scène ou pour les pièces enregistrées par la BBC, avant de répondre à l’appel du cinéma américain. Des interprétations inoubliables : A couteaux tirés, le psychopathe cannibale Hannibal, le majordome des Vestiges du jour, La faille, Légendes d’automne, Hitchcock, The Father, etc.

A lire absolument. Traduit de l’anglais par Paul Matthieu. Broché. Format : 15,3 x 24 cm. 416 p. 24,50€

Paule Martigny / Mémoire des Arts – blog-des-arts.com