Sœurs des vagues / Le Lombard

Scénario de Tristan Roulot, dessin de Mikaël. La mise en couleur sobre, en ocre, vert, bleu et gris amortis, traduit bien l’atmosphère de la Nouvelle-Écosse. Nous sommes en 1914, à Peggy’s Cove, un petit port côtier qui attend le retour de la dernière campagne de pêche à la morue. En ce temps d’entrée en guerre de l’Europe, les poissons sont rares. Tout porte à la mélancolie.
Les deux auteurs, Tristan Roulot et Mikaël, résident au Québec. Bien qu’ils se connaissent depuis plusieurs années, ils n’avaient jamais travaillé ensemble. Ils sont tous deux tombés sous le charme des côtes de la Nouvelle-Ecosse, unité de lieu de cette bande dessinée.
En cette période, ce petit port n’est peuplé que de femmes, d’enfants et de vieillards. Une nuit, un naufragé échoue sur le rivage. C’est un marin tatoué qui, semble-t-il a perdu la mémoire. Ce personnage est inspiré par William Clark qui aurait survécu à deux naufrages : celui du Titanic et celui de l’Empress of Ireland deux ans plus tard. Dans le même temps des membres armés de la pègre de Halifax arrivent à la recherche d'un bateau mystérieusement disparu.
Mais Sœurs des vagues est avant tout une histoire de femmes, cinq femmes de marins, seules, prisonnières de leur condition et réunies par un lourd secret. Que vont-elles entreprendre pour subvenir aux besoins de la communauté ? Les ingrédients sont là pour créer un polar étrange à la limite du fantastique, sous forme d’un huis-clos même si le lieu n’est pas totalement fermé. Les paysages sont vastes mais les personnages enclavés.
Face au tourbillon de violence qui menace de s'abattre sur le village et à l’omniprésence de la peur, ces femmes courageuses devront prendre des mesures radicales pour la survie de tous. "Quand le loup cogne à la porte, il ne s'attend pas à ce que le diable vienne lui ouvrir"… Le suspense reste entier.
Un album vivement recommandé, riche d’un scénario astucieux, traité entre western et polar. Le récit est soutenu par un dessin raffiné et vivant.
Album cartonné. Format : 24 x 32 cm. 112 p. couleur. 21,95€.
Paule Martigny / Mémoire des Arts – blog-des-arts.com


