Jean Couty (1907-1991) au musée de l’Antiquaille

Jeudi, 18 Décembre, 2025 - 09:01

Une exposition à ne pas manquer, qui rencontre déjà un honorable succès. Elle étend encore la notoriété de l’un des plus grands peintres lyonnais du XXe siècle.

Myriam et Charles Couty, Jérôme Chabannes, Bernard Villeneuve, Gilles Peillon et Bernard Berthod devant le saisissant Bénédicité de Jean Couty.

Une exposition inaugurée le 10 décembre 2025, avec un accueil chaleureux d’Anne Nortier, directrice de L’Antiquaille, Eliette Gerfaud, vice-présidente, l’architecte Gilles Peillon et Bernard Villeneuve commissaire de l’exposition. En présence de Charles et Myriam Couty, et de Bernard Berthod, conservateur du musée d’Art sacré de Fourvière.

Il s'agit d'un aspect rétrospectif très intéressant d’une trentaine d’œuvres de Jean Couty dans un fleuron du patrimoine architectural chargé d’histoire. Cette visite apporte également la satisfaction de découvrir les trésors de l’Antiquaille dans un geste muséal contemporain didactique terminé en 2014. Parmi les étonnements, dans les sous-sols gallo-romains, le cachot de Saint-Pothin et une salle couverte de superbes mosaïques datant de 1877.

Nous saluons les contributions du musée d’Art sacré de Fourvière, collaboration qui sera poursuivie, celles de Charles et Myriam Couty qui, au nom du musée Jean Couty ont participé avec une série d’églises romanes et des vues de Lyon, et Jérôme Chabannes directeur de Piano à Lyon prêteur de plusieurs œuvres dont une audacieuse nature-morte. Le conservateur du musée des HCL, Sergueï Piotrovitch d’Orlik a consenti au prêt du Bénédicité, peint en 1941. Les Hospices Civils de Lyon l’ont acquis en 1966. Excellemment restaurée, cette œuvre majeure de Jean Couty qui fut remarquée par Pablo Picasso, prend ici toute sa valeur. Présentée dans une sobre majesté, elle respire de toute sa manière franciscaine. Une composition ascétique de cinq religieuses dans des tons amortis d’une palette économe, où chaque ligne prend sens.

Bernard Villeneuve a scandé l’accrochage en trois thèmes, avec une unité astucieuse qui élargit la quête de la spiritualité au delà du motif religieux. En effet, pour Jean Couty, tous les sujets étaient liés au divin, celui qui réside dans chaque chose et dans chaque homme. L’acte de peindre était pour lui un fil direct de la contemplation : "La peinture est pour moi une nécessité spirituelle".

Trois thèmes donc. Les vues de Lyon avec Fourvière plus ou moins en filigrane. Mais aussi une toile de chantier représentant l’activité humaine. Second thème, l’Ile Barbe, lieu historique voisin de la maison natale, que Jean Couty voyait tous les jours. Un motif permanent des années 1930 à la fin de sa vie. Le visiteur percevra l’évolution de sa palette sur soixante années, du noir profond à l’éclatant orange, ainsi qu’à la simplification des formes. L’Ile Barbe, un lieu incroyable avec parfois la Saône chargée de glaçons. Des élaborations picturales toujours très structurées par sa formation d’architecte dans sa jeunesse auprès de Tony Garnier, avec des obliques fortement notées.

Jean Couty cherchait autre chose derrière la réalité. Lecteur des Pères de l’Eglise, pas étonnant qu’il fut subjugué très jeune par les églises romanes, le troisième thème choisi. Sa passion révélée fut confirmée par ses voyages en Orient. Il réalisa un tour de France des églises romanes et produisit une impressionnante série, réalisant en peinture son vœu de la fusion de l’Orient et de l’Occident.

Parmi les surprises de cette exposition, Le Christ en Croix peint en 1948, une toile que Jean Couty a longtemps recherchée. Son fils Charles et sa femme Myriam l’ont retrouvée et rachetée, puis offerte au musée de Fourvière. Le Christ en Croix est composé sur fond de la Gare d’eau de Vaise qui n’existe plus.

Quel sens donner à cette exposition ? Bernard Villeneuve qui a connu le peintre Jean Couty a choisi d’établir des liens avec ce haut lieu du christianisme avec son épouse Elyane Jérôme, qui signe un magnifique texte dans le catalogue. Je vous engage aussi à lire la citation d’Edouard Herriot, reproduite à l’entrée du musée.

N’oubliez pas les visites commentées d’un grand intérêt. L’Antiquaille. Espace culturel du christianisme à Lyon. 49, montée Saint Barthélémy. Lyon 5e. Du mercredi au samedi 10h-18h. Dimanche 14h-18h. Jusqu’au 30 avril 2026. www.antiquaille.fr.

Paule Martigny / Mémoire des Arts – blog-des-arts.com